De la violence…

Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, force est de constater que la criminalisation des résistances de la population, politiques, syndicales et militantes sous toutes leurs formes est en hausse dans notre pays.

Violences policières

Répression brutale des gilets jaunes. La réponse policière et judiciaire au mouvement social des Gilets jaunes est un fait politique majeur. Rarement un mouvement social n’a été autant réprimé. Les chiffres officiels, forcément parcellaires, donnent le tournis : 3.830 blessés, 8.700 gardés à vue, 13.460 tirs de LBD 40 et 1.428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées explosives, selon le ministère de l’Intérieur.

– Disparition de Steve, le 21 juin lors de la Fête de la musique et pour laquelle pas moins de 5 enquêtes étaient en cours, dont l’une pour « mise en danger de la vie d’autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique » à l’encontre des forces de l’ordre. À la suite de la mobilisation populaire, le corps a finalement été retrouvé et identifié. Il aura séjourné pendant plus d’un mois dans la Loire. Le Premier ministre lui-même, est intervenu, flanqué de Christophe Castaner, resté muet, pour écarter toute responsabilité de la police : il n’y aurait, selon Édouard Philippe, qui s’appuie sur un rapport de l’IGPN, aucun « lien établi entre l’intervention de la police et la disparition de Steve».

– Répression déchaînée des gilets noirs, le 12 juillet dernier. Ce mouvement appartient à tous ceux qui combattent le racisme, qui sont d’accord qu’aucun être humain n’est illégal, et qui veulent une vie digne pour tout le monde. Ce mouvement exprime le ras le bol d’attendre pour une vie digne, le ras le bol d’attendre pour sortir de l’isolement. Ce vendredi 12 juillet, un millier de travailleurs sans-papiers, les « Gilets noirs », ont envahi le Panthéon à Paris pour exiger leur régularisation. S’en est suivi une répression d’une rare violence avec un bilan de 37 interpellations, et une quarantaine de personnes conduites à l’hôpital suite aux coups reçus lors des charges policières successives.

– Marche pour Adama Traoré, le 20 juillet à Beaumont-sur-Oise car cela fait 3 ans qu’il est mort assassiné par la police. 3 ans que sa famille et ses proches se soulèvent pour demander la justice et la dignité dans la rue, dans les tribunaux, dans les médias. 3 ans qu’un quartier entier est soumis au harcèlement judiciaire, policier, et aux patrouilles militaires.

La liste pourrait s’allonger encore (lycéens humiliés à Mantes la Jolie le 6 décembre 2018, évacuation musclée de militants écologistes lors de la marche pour le climat du 28 juin, à peine 10 jours avant la venue de la militante Greta Thunberg à l’Assemblée Nationale). À tel point que les députés européens ont «dénoncé le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques». L’ONU, pour sa part, s’inquiète du «nombre élevé d’interpellations et de gardes à vue, des fouilles et confiscations de matériel de manifestants, ainsi que des blessures graves causées par un usage disproportionné d’armes dites «non-létales», ajoutant que «les autorités devraient repenser leurs politiques en matière de maintien de l’ordre pour garantir l’exercice des libertés».

Cette macabre liste serait « risible » – tant elle est entachée de mauvaise foi et de paradoxes – si elle ne signalait pas une conjoncture politique si alarmante. Le « comique » devient en effet tragique si on considère que la majorité de nos concitoyens ne semble pas s’apercevoir de cette dérive.

Et ceci, parce qu’on nous pousse à comparer la situation française avec ce qui se passe ailleurs en Europe (Victor Orban en Hongrie, Matteo Salvini en Italie et depuis juin, Boris Johnson en Angleterre) ou aux États-Unis (Donald Trump) comme si en France, on était dans une société du «moindre mal».

Certes le droit de manifester n’est pas officiellement interdit, ni celui de s’exprimer ; ni même le droit d’être solidaire se félicite t‑on après la décision du Conseil d’État pendant l’été 2018. Mais à y regarder de plus près, ce sont bien toutes ces libertés, tous ces droits qui s’amenuisent et qu’on entrave.

Oui, bien sûr, la liberté d’expression existe dans notre beau pays et nous ne sommes pas (si) réprimés que cela. Il faut juste manifester en silence, ou tout au plus avec des applaudissements, nouvelle forme de louange collective, et se garder de toute intervention en faveur de l’intérêt général, de peur d’être soi-même victime des pouvoirs en place…

Violence de l’État

S’offusquer d’une permanence parlementaire saccagée, nier la colère populaire qui ne fait que répondre à la violence gouvernementale et sociale. L’usage de la violence institutionnalisée s’applique à la France, non seulement à propos de l’état d’urgence entré dans le droit commun et de la menace terroriste mais aussi au travers des réformes et autres lois que Macron et son gouvernement met en place à marche forcée depuis le début de ce quinquennat.

Les médias dominants n’évoquent jamais les victimes de cette guerre économique qui gonfle les fortunes des actionnaires, des financiers et des PDG. Des victimes de masse. Des vies d’inquiétudes, de peines, d’angoisses, de colères rentrées, de mépris. Des vies de galère où se soigner est un luxe.

Et il faudrait toujours, sous couvert d’une hypothétique austérité budgétaire, comprimer les salaires, les aides sociales, les services publics, et licencier encore. Où est la violence ? Qui la produit et la reproduit ? Quelles écoles du pouvoir, quelles élites qui vont et viennent du privé au public, quel gouvernement, quels professionnels de la politique, la fabriquent ? Ils vivent dans l’entre-soi. Ils ne savent rien de l’immense violence que leurs décisions génèrent.



Il en est ainsi de,

La privatisation d’ADP. Les Aéroports de Paris dont il est question, ce sont les aéroports de Paris-Orly, Paris-Charles-de-Gaulle et Paris-Le Bourget.

À eux trois, ces aéroports voient passer plus de 105 millions de voyageurs(ses) chaque année. En mars 2019, l’Assemblée nationale a voté la privatisation de ces aéroports. 

Or les aéroports de Paris rapportent de l’argent à l’État. L’année dernière ils ont rapporté 173 millions d’euros rien qu’en dividendes. Mais outre l’aberration économique de vendre une poule aux oeufs d’or, cette privatisation pose deux autres problèmes : de souveraineté et écologique.

Après le fiasco de la privatisation des autoroutes, dont le prix des péages a depuis augmenté de 20%, il est nécessaire d’empêcher cette nouvelle vente de notre patrimoine commun.

La procédure pour demander un Référendum d’Initiative Partagée (RIP) sur l’avenir d’ADP a été gagnée, c’est la première étape d’un processus complexe et c’est une première en France !

Du traité libre-échangiste CETA. En effet la traversée de la France offre aujourd’hui un paysage affligeant : tant d’animaux accablés par la chaleur, tant d’étendues de blé et de maïs ployant sous la sècheresse !

Il est facile d’imaginer la détresse de cultivateurs surendettés, à qui un ministre de l’Agriculture ne proposait que la création future de réservoirs d’eau ou des avances de trésorerie pour acheter de la paille. Au même moment, des députés majoritaires aux ordres votaient un accord de libre-échange, le CETA. Imaginez, importer du Canada des milliers de tonnes de viande de bétail nourri aux farines animales à un moment où les éleveurs français ne parviennent plus à alimenter leurs bêtes est une provocation irresponsable. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour acculer davantage encore de paysans au suicide, ou du moins pour pousser le monde agricole dans les bras protectionnistes de Marine Le Pen.

De la réforme des retraites où, en apparence, tout est bon et beau. Car c’est un principe récurrent de ce quinquennat : la vitrine est alléchante, mais le produit final beaucoup moins réjouissant. Or la réforme des retraites n’échappera pas à cette règle qu’ont inaugurée, entre autres, la réforme du marché du travail et celle de l’assurance-chômage. On se souvient, durant la campagne présidentielle, de la référence sans cesse martelée à la « flexisécurité » danoise, des grands principes sur la sécurité qui viendrait en compensation de la flexibilité. Résultat : le marché du travail est plus flexible, l’assurance-chômage sera plus difficile d’accès et les aspects « sécurité » et formation sont dérisoires, voire inexistants.

De la réforme de l’assurance chômage. Alors que le montant de l’allocation est actuellement calculé sur la moyenne des jours travaillés, le nouveau calcul se ferait sur le revenu mensuel moyen (à savoir la moyenne des jours travaillés et non travaillés), faisant mécaniquement baisser les allocations des personnes ayant travaillé de manière discontinue.

Le fait que ce soit une conjoncture européenne et internationale adossée à une résurgence de la xénophobie, du nationalisme et de la politique des identités, ne saurait nous rassurer. Elle doit nous amener au contraire à la plus grande vigilance.

Nous devons dans le même temps nous convaincre de ne pas céder et continuer à imaginer des alternatives à l’avenir qu’on nous dessine, tout en inventant des manières de lutter.