Ciné made in France et spéculation

Cinéma à la française et libéralisme ne font pas bon ménage. L’ouverture à la spéculation et aux fonds privés, ainsi qu’à l’épargne, nivellera par la bas l’offre et limitera le choix du cinéphile. Le rapport Boutonnat ne fera que fragiliser le ciné made in France et notre exception culturelle.

Les Faits

Dans son rapport sur la réforme du cinéma français, le producteur Dominique Boutonnat préconise la libéralisation du système de financement du cinéma. Macron lui emboîte le pas lors du festival de Cannes 2019.

Rapport – PDF à télécharger

Il est prévu que le volume global de financement du cinéma passerait à 800 millions d’euros en 2022. Soit un quart de moins qu’aujourd’hui. La production française pourrait alors être « sérieusement fragilisée » et devenir « prestataire de services » de plates-formes comme Netflix.

Les cinéastes de l’ARP, (Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs) [1] ont réagi pointant des éléments qui, selon eux, menacent la diversité culturelle.

« l’État organise la liquidation du service public sous prétexte d’économie générale dans le cadre de son budget » déclare Christian Pfohl, producteur.

Il sera fait appel aux fonds privés et à l’épargne.

Pourtant, au moment du Front Populaire [2] deux principes ont permis l’exception culturelle française : la redistribution et le protectionnisme économique, face à l’hégémonie américaine.

L’idée spéculative asphyxie la création

L’État veut donc aujourd’hui se décharger de la culture au profit de la finance, fragilisant ainsi toute forme de création. En effet, nous déplorons ce que de telles mesures entraîneront : le nivellement par le bas pour répondre à une sorte de course à l’audimat, et la volonté de s’aligner non plus comme artistes, mais comme prestataires de service. Système calqué sur le modèle américain, où seuls les mastodontes tels que Disney ou Netflix règnent sans partage à grands coups de milliards de Dollars. Évidemment, les créateurs indépendants seront asphyxiés tandis que des boulevards s’ouvriront aux industriels du cinéma.

Le social dans tout ça

Quand aux conditions de travail et aux salaires, il est à craindre que toute forme de minima ne soit plus assurée. Nous n’avons plus aucune certitude s’agissant des intermittents du spectacle, ainsi que de leurs acquis sociaux, particulièrement sur le point des indemnités liées aux périodes d’inactivité.

Une course aux chiffres s’annonce donc, et rien d’autre que la rentabilité n’intéresse le gouvernement Macron. La diversité est jetée au rebus, arguant que trop de films français sortent pour peu d’entrées, comme s’il s’agissait d’un gage de qualité. Les cinémas d’art et d’essai, tels que Jean Vigo à Gennevilliers ou dans les autre villes moyennes, se voient eux aussi menacé par une telle volonté libérale, et le choix des cinéphiles s’en trouvera forcément restreint. Or, selon la sénatrice communiste Cécile Brulin, « il est essentiel de préserver les salles indépendantes… », pour une plus grande égalité territoriale. Elle ajoute : « La raréfaction de l’offre culturelle concourt au sentiment d’abandon des territoires, d’autant que le cinéma est la sortie culturelle la plus populaire, ce qui lui donne une place centrale dans l’accès à la culture ».

Les communistes ouvrent des pistes de réflexion

1/ Le chantier de la création : Comment redéfinir les missions artistiques et citoyennes des établissements publics de création et de diffusion ?

2/ Le chantier de la démocratie culturelle : comment établir un lien étroit et permanent entre création artistique et éducation, à l’école au cœur du projet éducatif, au travail au cœur du procès de production, dans la cité en donnant un nouvel essor à l’éducation populaire ? Comment cette socialisation de l’art et la confrontation sociale et citoyenne peuvent induire et permettre la lecture critique du monde et l’invention des possibles, tant de la part des artistes que des publics ?

3/ Un nouveau service public : ce service public devra s’appuyer sur une compétence partagée entre l’État, un ministère de la Culture à qui il faudrait accorder une vocation transversale et les collectivités qu’il faut doter de moyens garantis par la loi pour assumer des responsabilités déjà essentielles dans tous les territoires.

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