Le féminicide et l’inaction de l’exécutif

Tous les deux jours et demi, en France, une femme succombe sous les coups de son conjoint. Malgré les nombreuses plaintes, les mains courantes, rien ou si peu est fait pour protéger les victimes. Exemple du port obligatoire du bracelet électronique qui n’est toujours pas systématique, alors qu’il a fait partiellement ses preuves en Espagne ou le nombre de victimes a été divisé par deux en dix ans. Afin que les forces de l’ordre interviennent rapidement, des téléphones « grave danger » ont été déployés. En 2018 on en comptait 837. De plus, il est possible, pour les femmes en danger de composer le 3919 qui n’est pas un numéro d’urgence, mais un numéro d’écoute et d’information.

Dans le cas où un enfant est présent, en plus du traumatisme ou du témoignage, il se voit brutalement privé de son père et de sa mère, et il sera soit pris en charge par les services sociaux, soit, dans la plupart des cas, par les grands-parents.

Les causes de la violence sont souvent liées à une séparation et n’ont pas forcément d’antécédents, bien que la violence quotidienne existe également.

L’action contre les violences faites aux femmes, érigée en grande cause du quinquennat, nécessite des moyens conséquents, et un travail transversal des différents ministères concernés.

Or le constat fait par les associations en 2018 était déjà accablant : 130 femmes sont tuées chaque année par leur conjoint ou ex-conjoint, un chiffre qui ne baisse pas depuis 2013. L’année en cours ne semble pas marquer d’exception, et laisse même craindre une nouvelle augmentation du nombre de victimes. Ces associations, qui ne supportent plus de tenir ce macabre décompte, de citer les noms de celles qui n’ont pas survécu, proposent des solutions pour agir vite et améliorer la prise en charge de ces femmes. Par exemple : l’enregistrement systématique des plaintes, la délivrance d’ordonnances de protection, l’ouverture de places d’hébergement d’urgence et l’attribution de fonds aux associations qui, seules, assurent la prise en charge et la protection des victimes de violence. Des dispositions qui doivent être prises urgemment pour protéger les femmes.

Par ailleurs, pour la troisième fois depuis le début de leur mandat, Michelle Gréaume, Sénatrice , et Elsa Faucillon, députée des Hauts-de-Seine, interpelleront le Gouvernement sur la lutte contre les violences faites aux femmes, érigée en grande cause du quinquennat, et qui pourtant ne connait aucune amélioration lorsqu’il s’agit des féminicides.

C’est ainsi que la Garde des Sceaux annonce l’arrivée imminente de bracelets électroniques, alors qu’ils auraient dû être disponibles en grand nombre depuis longtemps !

S’agissant du budget consacré aux violences faites aux femmes, celui-ci est dramatiquement inexistant puisqu’il représente seulement 0,006 % du budget total de l’État.

S’agissant des professionnels, la formation ne suffit pas face à des effectifs calculés au plus juste et à la mobilité des personnels, cet effort doit sans cesse être recommencé. Il faut désormais se doter de magistrats, de policiers et de gendarmes spécialisés, présents dans tous les territoires.

S’agissant de l’hébergement d’urgence, qu’il s’agisse d’accueillir les victimes ou les auteurs de violences, les places manquent. Ces foyers doivent intégrer dès leur conception l’objectif d’accessibilité, afin de ne pas laisser de côté les femmes handicapées, victimes méconnues des violences au sein des couples.

S’agissant des institutions enfin, à noter que les politiques publiques de lutte contre les violences reposent, pour l’essentiel, sur les associations. Le secrétariat d’État aux droits des femmes ne constitue qu’une structure ministérielle légère au budget inconsistant. Ses services, son « bras armé », se sont en réalité les associations. Or celles-ci évoluent dans un environnement financier précaire. Dans le meilleur des cas, leurs subventions stagnent face à des besoins croissants. Des pans entiers du territoire, et plus particulièrement le milieu rural, n’offrent aucune solution face à des femmes menacées.

Les associations qui œuvrent au quotidien contre les violences faites aux femmes ont besoin de moyens renforcés et d’un engagement pluriannuel de la part de l’État. On ne fonde pas une politique ni sur le court terme, ni sur l’incertitude.