La gentille politique culturelle de Roselyne Bachelot

La ministre ne cesse de le répéter : elle aime les artistes et met « ses tripes sur la table pour protéger le monde de la culture ». Déclaration louable mais qui en définitive, semble n’avoir pour but que de camoufler la vacuité de sa politique culturelle. Le monde de la culture a d’abord été stupéfait de la nomination de Roselyne Bachelot en tant que ministre de la Culture du gouvernement Jean Castex. Il s’y était finalement résolu, pensant que son expérience des gouvernements Raffarin et Fillon lui permettrait de peser de tout son poids politique pour imposer des arbitrages budgétaires et réformes.

Le désenchantement a été hélas très rapide et, désormais, c’est la colère qui gronde. Après l’embellie de l’été, une douche froide fin octobre, en étant obligé de baisser une nouvelle fois le rideau pour de longs mois. Après le raté de son prédécesseur, Franck Riester, qui n’a pas réussi à inscrire les librairies sur la liste des commerces dits « essentiels », voilà que les musées ont été sacrifiés à leur tour sur l’autel des grands magasins. Dès la mi-décembre, les consommateurs pouvaient donc s’agglutiner dans les rayons quand les salles de musées, où des protocoles sanitaires stricts avaient pourtant déjà été mis en place, étaient condamnées à rester vides. Tout cela sans même que des projets alternatifs soient proposés : par exemple accueillir les scolaires, qui de toutes les façons, vont en classe (alors pourquoi pas au musée ?) ou proposer l’organisation d’expositions en plein air. Niet ! Il nous fallait apprendre à vivre sans les musées et aux musées apprendre à exister sans public. On a pourtant constaté un manque réel : les galeries, ouvertes comme tous les commerces, ont été littéralement prises d’assaut par des visiteurs assoiffés d’art et refusant le sevrage. C’est ainsi que plusieurs pétitions demandant que la ministre envisage un plan possible de réouverture, ont été lancées. C’est pathétique, mais surtout insoutenable. Cela alors que des pans entiers de l’économie des arts plastiques sont à l’arrêt, que les jeunes sortant des écoles d’art sont plus précarisés que jamais, que les scénographes, les graphistes, etc, ne peuvent plus simplement exercer leurs activités.

Au-delà de la gestion de la crise sanitaire, quel est donc le projet culturel pour la France porté par Roselyne Bachelot ? Silence radio. Aucune idée nouvelle, aucune réforme d’ampleur. Pour exemple, le Centre Pompidou sera fermé pendant 4 ans pour travaux : quel est le scénario envisagé pour permettre aux Français de voir quand même les collections ? La ministre de la Culture et des Bons sentiments s’en attriste mais n’envisage pas d’alternative.

Face au chômage et à la précarité grandissante chez les salarié•e•s de ce secteur comme chez l’ensemble des salariés c’’est une fois de plus la pérennité de notre modèle culturel qui est en cause.

La culture vaut mieux que ça ! 3 chantiers doivent être rapidement ouverts :

– Celui de la création, où il s’agit de redonner un souffle libérateur aux artistes et à la création artistique contre tous les interdits et contraintes imposées par le marché, de l’élaboration à la création, de la confrontation publique à la diffusion, de la transmission à la recherche. Ce qui implique notamment de redéfinir les missions artistiques et citoyennes des établissements publics de création et de diffusion, dans le respect des droits de celles et ceux sans lesquels rien n’est possible : artistes, auteurs et interprètes,
techniciens et acteurs culturels de toute nature.

– Celui de la démocratie, où il s’agit d’intégrer l’« accès à la culture » dans un processus d’appropriation et de valorisation des pratiques culturelles de chacune et chacun, quels que soient son origine, son lieu de vie, sa culture, ses options philosophiques ou ses choix de vie. Pour cela il faut établir un lien étroit et permanent entre création artistique et éducation, à l’école au cœur du projet éducatif, dans l’espace du travail au cœur du procès de production, dans la cité en donnant un nouvel essor à l’éducation populaire, tout en investissant la révolution numérique pour en faire un facteur d’émancipation.

– Celui de la mondialité, d’une nouvelle mondialité culturelle débarrassée des dominations sociales, raciales, sexistes et nous affranchir ainsi du poids obsédant des violences identitaires et des haines qui secouent ce vieux monde qui n’en finit pas de mourir.

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