Santé en danger

Alors que les discours du président de la République sur la santé gratuite, « partie prenante de ces biens et services qui doivent être placés en dehors des lois du marché, » ses promesses à l’hôpital de Mulhouse au sujet « d’un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières construit pour notre hôpital » se veulent rassurantes sur un changement de cap. Dans le même temps, les cercles de la technocratie financière préparent une entrée massive des financements privés dans tous les secteurs du système de soins, avec en suite logique l’abandon des critères du service public.

C’est la note de la Caisse des Dépôts et Consignations rédigée à la demande d’E. Macron et publiée par Médiapart dans son article datant du 1er avril, qui révèle les lignes directrices de ce projet destructeur : une évolution du système de santé qui, sous couvert de la crise sanitaire et du besoin de financement massif, en accélère la privatisation et la marchandisation.

Parmi les mesures significatives, citons :

1- Une restructuration des 2/3 de la dette des hôpitaux publics, accompagnée de la création d’un fonds de dette commun au secteur privé. En clair, un fonds de financement commun public/privé, qui privilégie le secteur privé et pilote la destination des financements.

2- Le recours massif aux partenariats publics privés malgré la succession des expériences négatives et des rapports accablants venant d’institutions nationales et européennes, lesquelles constatent « le manque considérable d’efficience, qui se traduit par des retards de construction et par une forte augmentation des coûts », une opacité comptable qui compromet « la transparence et l’optimisation des ressources », une inadaptation de ces contrats de long terme à suivre « l’évolution des technologies ».

3- Le basculement vers « la santé numérique » , une solution miracle permettant de faire coup double : décharger l’activité hospitalière, et valoriser les investissements des nombreuses start up, compagnies d’assurances et mutuelles, qui se sont lancées dans le financement de la téléconsultation. En bref, il s’agit de faire face à la saturation du 15, non pas en lui allouant les financements publics, mais en proposant des solutions privées pour en réduire l’accès.

4- Dans le sillage de D. Trump, une proposition de tranformer les navires en navires-hopitaux (sic !) dont les aspects techniques, médicaux et humains sont jugés hasardeux par nombre de professionnels.

5- Enfin, le meilleur pour la fin, faire sponsoriser par les grands organismes de recherche « un fond de partage » auquel souscriraient investisseurs privés et institutionnels, avec le reversement de revenus aux « sponsors » pour leur opération promotion. Avec la rapacité et le cynisme bien connus de la finance, il est clairement dit que « les conditions de lancement seraient favorables compte-tenu de l’impact sur les valorisations corporatives de la crise actuelle » et que « ce type d’opérations pourrait être lancé très rapidement dans des conditions compétitives et avec le soutien de la place ». En langage clair, la pandémie du covid-19 va favoriser l’attraction boursière des placements financiers vers les secteurs de la santé.

Pour imposer d’autres choix et faire obstacle à l’achèvement du système public de soins sur l’autel du capital qui se prépare, il est impératif de rassembler toutes les forces qui se sont opposées à son démantèlement, des personnels, des usagers en passant par les élus.

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